
Le 11 avril 2026 au Tottenham Hotspur Stadium, Conor Benn a battu Regis Prograis par décision unanime en dix rounds — cartons 98-92, 98-92, 98-92. Un score sans appel sur le papier, pour un combat qui a laissé beaucoup à désirer dans les faits.
Ce choc n'avait pas grand intérêt sportif, si ce n'est celui de servir la machine promotionnelle d'Eddie Hearn. Rappelons-le : après ses tests positifs aux substances interdites, qui auraient dû, dans un monde normal, écarter Benn des rings pour une période indéfinie, ce dernier est revenu dans le haut niveau quelques années après sa première confrontation avortée avec Chris Eubank Jr. Depuis son retour — et depuis qu'il ne doit plus recourir à des produits interdits — Benn a clairement du mal à s'imposer comme boxeur de premier plan. Ce combat en est une nouvelle démonstration : face à un Prograis vieillissant, il a certes dominé, mais il a aussi reçu énormément de coups et a été coupé à plusieurs reprises. Une victoire logique, loin d'être une victoire facile.
La question reste entière : pourquoi Eddie Hearn s'évertue-t-il à faire de Conor Benn une star ? La boxe a toujours eu ses grandes figures — des hommes qui se sont imposés par leur talent et leur charisme, pas uniquement par la force de leur promoteur. Aujourd'hui, parmi les amateurs éclairés, peu sont convaincus que Benn possède ce qu'il faut pour s'installer au sommet. Son public semble davantage composé de fans d'image que de fans de boxe. Si la prochaine étape est un Shakur Stevenson ou un Devin Haney — des boxeurs nettement au-dessus de lui sur le plan technique — ce sera pour eux un grand nom facile à ajouter à une fiche de carrière soigneusement gérée. Ce qu'on a vu face à Prograis, version déclinante, ne laisse pas présager de miracles.
Pour Regis Prograis, en revanche, il faut parler de fin. À 37 ans, il avait déjà inquiété contre Joseph Diaz — un boxeur qui a débuté dans les catégories super-plume, bien loin du super-welter — qui l'avait blessé à plusieurs reprises. Prograis avait gagné ce soir-là, mais tout le monde se posait déjà la question. Ce combat contre Benn a dû lui rapporter un beau chèque, mais il est temps de savoir raccrocher les gants. Ce n'est pas une critique : Prograis a été un grand champion, il nous a offert de grands combats. Mais à voir comment son corps encaisse aujourd'hui, pour sa santé, il doit s'arrêter. On espère qu'il le fera.
Cette soirée ne restera pas dans les mémoires — et c'est peut-être là le vrai problème. Dans les mois à venir, on aura droit à un Benn vs Ryan Garcia ou un Benn vs Shakur Stevenson annoncé à grand bruit, vendu comme un événement majeur. Ce sera surtout un combat fait pour les réseaux, pas pour la boxe.