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Usyk vs Rico : Usyk s'en sort in extremis, un gros drama pour rien

31 mai 2026·Ren
Usyk vs Rico : Usyk s'en sort in extremis, un gros drama pour rien

Le samedi 23 mai 2026 s'est disputé le combat entre Oleksandr Usyk et Rico Verhoeven. Un affrontement qui surprenait d'emblée : Rico est une légende du kickboxing, avec seulement un combat pro en boxe anglaise il y a une dizaine d'années. Qu'Usyk accepte ce match avait peu de sens sportif : il est en fin de carrière, a prouvé qu'il dominait les poids lourds, et ce n'était pas non plus un choix évident côté argent — en boxe anglaise, Rico restait un inconnu. Pourtant, ce que tout le monde voyait comme une domination facile pour Usyk a basculé. Rico est un sacré morceau : plus grand, plus lourd, une musculature impressionnante, et il a tenu un rythme de déplacement et d'activité très élevé tout au long du combat. Dès les premiers rounds, son style a rappelé un bob-and-weave que les lourds n'avaient plus vus depuis longtemps.

Rappel pour ceux qui l'auraient oublié : le bob-and-weave, très prisé dans les années 1950-60, correspondait à une autre morphologie des poids lourds — plutôt 1,90 m que 2,10 m. Les boxeurs utilisaient massivement le haut du corps, se penchaient vers l'avant, pouvaient amener la tête au niveau de la ceinture adverse et bouger bas et sur les côtés pour esquiver et provoquer. Penché au niveau du ventre de l'adversaire, la ligne des épaules tombe au milieu du champ visuel : difficile de lire si le prochain coup part en crochet tête ou au corps. Le centre de gravité vers l'avant pousse sur l'adversaire — un style qui peut paraître bourrin, mais qui a fait ses preuves dans les combats des années 60 avant de s'effacer. Il a disparu peu à peu parce que les lourds sont devenus plus grands (Foreman, Ali…) : tête basse = vulnérabilité aux uppercuts ; face à des adversaires plus longs, on se fait cueillir à distance avec le bras avant et punir en uppercut arrière. Rico n'a sans doute pas adopté cette technique de façon consciente, mais son jeu s'en rapprochait : très en avant, se jetant sur Usyk, ligne d'épaules ni haute ni basse — Usyk peinait à lire les coups, se faisait surprendre par des crochets qu'il ne voyait pas venir, ce qui est frappant pour un boxeur de ce niveau. De plus, Rico était nettement plus grand et plus lourd : difficile pour Usyk de le dominer physiquement, de le tenir à distance et de le punir avec l'uppercut arrière. Dès le début, l'uppercut avant d'Usyk semblait le seul coup vraiment efficace. Usyk a dû penser que Rico, avec toute cette agitation (jambes, garde, buste) et cette masse, finirait par fatiguer — sauf que Rico n'a pas fatigué. Au 4e ou 5e round, une uppercut a déjà blessé Rico ; Usyk a tenté de capitaliser, Rico a tenu. Tout le combat, un Usyk en grande difficulté face à un Rico qui répétait le même schéma — et ça marchait. Usyk est un boxeur très malin, habitué à lire le style adverse pour le contrer (Dubois, Tyson Fury…). Ici, pas les bonnes clés : jab, attendre l'attaque, finir au crochet — classique chez lui — mais la tête de Rico, en avant et basse, faisait passer beaucoup de crochets au-dessus ; il ne respectait pas la posture « moderne ». Beaucoup de coups d'Usyk tapaient dans le vide ; seule l'uppercut touchait parfois, et Usyk était trop court physiquement pour la balancer en restant en sécurité — manque d'allonge et de masse pour tenir Rico à distance, qui s'accrochait après ses attaques pour le fatiguer.

Au 11e round, en fin de reprise, Usyk décroche enfin une uppercut qui blesse Rico et le met au sol. C'est là que le buzz décolle — buzz qui fait rigoler, tant il révèle à quel point beaucoup de commentateurs live, journalistes et réseaux ne lisent plus le combat. Vers la dernière minute du 11e, Rico est au tapis, se relève au compte de l'arbitre, signale qu'il n'a plus son protège-dents. Il reste peut-être 40 secondes. L'arbitre prend une mauvaise décision : il envoie Rico au coin pour remettre le protège. Rico titube, le coach remet le protège (il tombe une première fois, puis est remis en place). Entre le compte de dix et la reprise, facilement 20 à 30 secondes s'écoulent. Le combat reprend ; Usyk enchaîne, Rico ne répond pas, l'arbitre arrête au bout de 5-6 secondes — la cloche de fin de round sonne quand l'arbitre se place entre les deux. Drama immédiat : « l'arbitre a volé Rico parce que Usyk perdait ». C'est vrai qu'Usyk perdait sur la carte (l'auteur de ce texte ne lui donne peut-être que deux rounds sur l'ensemble). Mais la logique du « vol » tient mal : si l'arbitre voulait tricher pour Usyk, pourquoi offrir plus de 30 secondes de récupération à Rico, qui ne tenait déjà plus sur ses jambes ? Avec seulement les 10 secondes réglementaires, Usyk l'aurait probablement fini encore plus vite. Contradiction majeure du narratif « vol ». Erreur réelle de l'arbitre : le temps au coin pour le protège-dents. Ensuite, correction implicite en stoppant vite après la reprise — ça arrive en boxe, 11e round, fatigue décisionnelle. Pas de vol : Rico était blessé ; moins de repos = fin plus brutale. Usyk perdait, oui — mis en difficulté, sans solution durable sur la distance — mais comme un grand champion il a trouvé son uppercut en fin de 11e et clos le combat. Pas de place à un scandale : Rico menait, mais gagner en boxe anglaise c'est soit par KO, soit aux points sur 12 rounds ; Rico a fait 11 rounds exceptionnels, pas 12. Dommage pour lui, à un cheveu d'un des plus grands upsets ; émotion légitime, buzz disproportionné. Usyk a frôlé la correctionnelle — preuve que tout peut basculer au sommet, que l'invincibilité finit par vaciller (comme ça pourrait un jour arriver à Naoya Inoue). Aujourd'hui son record tient encore, mais il y a de quoi se poser des questions.

Pour la suite de Rico : son style marchera-t-il ailleurs ? Probablement non. Face à un Tyson Fury ou un Anthony Joshua, plus grands, Rico risque d'être tenu à distance et puni en uppercuts. Sa performance contre Usyk tient au croisement d'un jeu déjà très peu orthodoxe pour la boxe actuelle et d'un avantage morphologique réel sur un Usyk plus petit. Contre des lourds plus grands et plus longs qu'Usyk, Rico se ferait très probablement mettre K.O. assez facilement.

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