
Le 11 avril 2026 au Tottenham Hotspur Stadium, Tyson Fury effectuait son énième retour à la compétition après son énième départ en retraite. Pour ce come-back, il avait choisi un combat de tune-up face à Makhmudov, un Russe basé au Canada au style très typé poids-lourd : bourrin, tête en avant, uppercuts et crochets qui partent dans tous les sens, avec un physique impressionnant. Pas un adversaire sans danger — il était dans son prime et avait déjà infligé quelques frayeurs à ses opposants, même s'il avait lui-même été mis KO par Kabayel sur des coups au corps. Pour Fury, rien d'extraordinaire sur le papier, mais un test honnête pour jauger son niveau après deux longues périodes d'inactivité. Le combat s'est déroulé de façon prévisible : Fury disposait d'une boîte à outils bien plus riche et variée que celle de Makhmudov, qui a fait ce qu'on attendait de lui — de l'agression, de la pression, sans grande finesse technique. Il a réussi à toucher Fury à plusieurs reprises, pas suffisamment pour le blesser réellement, mais assez pour poser quelques questions. Fury est habituellement très évasif, ses mouvements de tête sont l'une de ses marques de fabrique — et il s'est quand même fait toucher un peu plus qu'on ne l'aurait attendu face à un profil aussi prévisible. Malgré ça, il a maîtrisé l'ensemble avec sérénité : les jambes sont toujours là à 37 ans, le jab reste propre, la technique intacte. Les cartes des juges en attestent — 120-108, 120-108, 119-109 — une victoire nette et sans contestation.
Ce qui interroge davantage, c'est la puissance. Fury n'a jamais été un KO artist au sens strict, mais on l'a vu contre Wilder capable de placer des coups lourds et de faire vraiment mal. Face à Makhmudov, il a bien sûr touché son adversaire à de nombreuses reprises, mais jamais ce dernier n'a semblé véritablement en danger. Question légitime : était-ce un choix tactique, faire les douze rounds pour reprendre le rythme ? Ou bien la puissance a-t-elle un peu baissé ? Difficile à trancher, mais c'est une note à retenir.
À l'issue du combat, Fury a appelé Anthony Joshua depuis le ring, exigeant même sa présence dans l'arène. Joshua n'a pas bougé — silence complet, pas de réponse publique, pas de montée sur le ring. Ce refus discret en dit peut-être autant que n'importe quelle déclaration. Et c'est là que la vraie histoire commence. Ce qui se dessine, c'est le retour des trois rois déchus des poids-lourds : Wilder, Joshua et Fury. Avant la prise de pouvoir d'Oleksandr Usyk, ces trois-là auraient dû se rencontrer dans des combinaisons qui auraient été massives sur le plan financier et sportif. Fury et Wilder ont bien livré leur trilogie, mémorable et très lucrative pour les deux. Mais Wilder et Joshua ne se sont jamais croisés. Et Fury contre Joshua, qui aurait été un événement colossal en Angleterre, n'a jamais eu lieu non plus. Faute de mieux — le paysage des poids-lourds étant aujourd'hui vide depuis la domination d'Usyk et en attendant que les jeunes frappent vraiment à la porte — ces combats qui auraient dû arriver il y a quelques années risquent de se produire maintenant, avec évidemment beaucoup moins d'enjeu. Mais bon, dans un contexte où il n'y a pas grand-chose à se mettre sous la dent dans la catégorie reine, un Fury-Joshua ou un Joshua-Wilder reste vendable. Ces anciens ne sont plus là pour se challenger ou affronter la relève — ils sont là pour encaisser un dernier beau chèque.